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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 22:01

Comble absolu, la société matérielle m’invite au rationnel tandis que mon très matériel rapport à la musique crée l’irrationnel. La consommation irrationnelle de biens matériels poussant à une gestion on ne peut plus rationnelle de son pouvoir d’achat, un truc très immatériel, on fait des choix de matériaux, priorité au matériel primordial ; il faut savoir rationner son matérialisme. J’ai choisi de matérialiser la musique, voilà une option bien irrationnelle aux yeux des plus matérialistes. Comble de la consommation. Taxes locales en hausse, charges personnelles explosives, l’ultime épisode de la série Quête d’Emploi, un must-have, sous forme d’un préquel dégueulasse, le héros vit et perce un bouton de stress dans la file d’attente de l’ANPE. Mon disque débande. Je suis ma propre contestation (un duel au sommet avec mon ego), je rejette un conformisme, juste celui-ci, la gratuité s’effondre, je détruis votre rationnel dans un stupide combat. La première règle est : « Do talk about this fight club ». Ma seule et ultime offrande de 2013 sera une plongée profonde, sélective et pleine d’oublis dans le meilleur de l’année, cinq articles en dix jours traitant du meilleur des disques achetés, formats cd et vinyle, en conséquence aussi subjectifs que possible. « Vous pouvez brûler nos libertés… mais vous n’aurez pas mon intégrité » (Braveheart ou l’histoire d’un film d’anticipation)

 

Lard abstrait.

 

 

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[Krypts – unending degradation LP – 2013]

Krypts peut faire l’apologie du classicisme, se cacher derrière l’excuse de l’old-school, du death scandinave, de l’héritage finlandais, s’octroyer une production suffisamment sale pour faire authentique, je ne me suis pas fait avoir : Krypts a surtout réalisé un disque de death metal monstrueux, une déflagration glaciale, une ode à la moisissure, un cortège funèbre rampant, putride aussi, un album auquel cinquante superlatifs du dégueulasse ne suffiraient pas à rendre justice,  le trahissant même outrageusement : non, ce n’est pas la prémaquette de la demo d’un groupe ouzbek. Oui, cette prod’ est soignée, juste, équilibrée. On peut aussi travailler la saleté, ou ne pas se contenter de bâcler pour faire crade; vous le prendrez comme vous le souhaitez. Unending Degradation connaît des instants de pure rage ; il n’en est pas moins oppressant, constamment étouffant – la dimension doom. La preuve n’est connue que d’une poignée d’heureux : Krypts m’a offert la prestation la plus effarante du récent Wolfthrone Festival.

 

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[Gorguts – colored sands CD – 2013]

L’improbable come-back ne concerne ni Carcass (…) ni Death ( ???). Le spectaculaire retour d’un roi est celui d’un culte complètement ignoré quoiqu’en disent les honnêtes forums (le laborieux écoulement du stock de la réédition d’Obscura, format vinyle, chez Gheea Music, le prouve), d’un groupe capable après quinze années de pause, de reprendre son propos là où il l’avait interrompu. Colored Sands est un évènement majeur, la preuve qu’on peut initier une approche de la composition, puis se retirer, laisser ses apprentis la développer, peut-être bien la démocratiser, assister à son perfectionnement durant près d’une génération (dix vies de musiques), et finalement la reprendre en main pour mieux la façonner. Soit dit en langage courant : Gorguts assure en 2013 la continuité de sa discographie des années 90 et enterre nombre de ses enfants via ce qui restera probablement son album le plus progressif (comprendre moins explosif que From Wisdom To Hate et moins brut qu’Obscura). C’est toujours triste d’enterrer des gosses, chef d’œuvre ou pas.

 

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[Ulcerate – vermis 2LP – 2013]

L’avantage pour les survivants est qu’ils attisent encore mieux l’amour du peuple. Après sept années à revoir les 2154 superlatifs du Larousse, je ne pouvais douter un seul instant de la survie des Néo-Zélandais d’Ulcerate. Victoire sans appel, leur premier album chez Relapse, Vermis, ne surprend ni ne déçoit. Je n’ai absolument aucune envie d’être surpris par Ulcerate. Le statisme n’est ici qu’idéologique, or l’idéologie d’Ulcerate est de conserver son squelette en laissant évoluer système nerveux, organes, réseau sanguin, bref je vous passe les détails d’une anatomie métaphorique. Ne pas être spectaculairement surpris assure l’écoute d’un album aussi puissant que le précédent, au moins aussi intelligent, forcément différent : encore plus dense, de prime abord invariable, rigide, plus noir et dissonant. Magique. Cette richesse réclame une concentration particulièrement intense. Longue vie à eux.

 

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[Portal – vexovoid CD – 2013]

La preuve de la force d’Ulcerate est peut-être la constatation que même chez les meilleurs, le statu quo des idées trouve généralement toujours quelques limites. Portal le prouve. Libéré de son contexte historique (Swarth, Seepia, Outre), Vexovoid rassure le death (le doom ? le black ? les préfixes « post » et « pré » ? le paracétamol ?) quant au potentiel – créatif-  de son avenir. Pris tel qu’il doit l’être, soit dans son contexte, il ne peut qu’être perçu comme une annexe à ses prédécesseurs, à défaut d’une continuité. L’intérêt ? Si vous n’avez jamais écouté Portal, Vexovoid représente une introduction idéale. Gardez Swarth pour la fin.

 

 

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[Aosoth – IV: arrow in  heart 2LP – 2013]

Moi ou ma perception des autres m’ont laissé croire qu’en 2013, le nom Aosoth aura moins circulé. Peut-être était-il déjà bien installé. Je ne désespère pas d’y croire, je rêve de me persuader qu’Arrow In Heart aura su se démerder seul ou que je suis passé à côté du buzz qu’il aurait bien mérité. Tout ce qu’Aosoth a développé jusqu’ici, un résultat qui avait déjà filtré via III il y a deux ans, prend une dimension autre, pas franchement nouvelle et pourtant gigantesque. Ce « black metal à tiroirs » ouvre des portes les unes après les autres, tour à tour épiques, sèches, gluantes, minutieusement sculptées ou massives et monolithiques, trace donc de multiples voies, sinueuses ou abruptes, dangereuses et violentes, éthérées – autant que possible – et majestueuses. Il n’en referme aucune, un labyrinthe terrible s’est créé, je rêve de ne jamais en trouver la sortie.

 

 


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[Vorum – poisoned void CD – 2013]

 

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[Cadaveric Fumes – macabre exaltation LP – 2013] 

 

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[Necrowretch – putrid death sorcery CD – 2013]

 

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[Entrapment – the obscurity within… CD – 2013]

Autant se concentrer sans trop réfléchir, prendre une guitare, monter les potards, ressortir ses disques beuargh du début des années 90 et les calquer. Plus vous annoncez du neuf dans la composition, plus je réclamerai du neuf. Moins vous en promettez, plus je me réjouirai d’écouter un déjà-vu totalement maîtrisé. Voilà pourquoi je peux engueuler Portal et diplômer Vorum ou Cadaveric Fumes. Finlande, Suède, Etats-Unis, votre voyage s’arrêtera forcément autour de 1993. Et qui n’a jamais rêvé de l’éternelle jeunesse, de revivre sa deuxième nuit d’amour, bref n’importe quel instant précédant la disette de l’insouciance, ces jours où débutait la timidité, la peur des dépenses exagérées, comme les places de concert à 5€ ? Pas moi. Donc, j’y reviens, écouter en 2013 des groupes qui, sans complexes, font vibrer ma sono, muent mes expedit en cavités funèbres et mes conduits auditifs en grottes néanderthaliennes, me fait un bien fou. Pardonnez ma flemme, mais j’écris aujourd’hui au sujet d’une trentaine de disques. Or votre intégrité ne vous refusant certainement pas l’accès à bandcamp, je vous laisse défricher le détail des groupes mis en image.

 

 

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[Altar Of Plagues – teethed glory & injury 2LP – 2013]

Ne le prenez pas mal, mais j’invite joyeusement ceux qui encensent la relative et, quoiqu’il en soit, inconstante créativité des Shining, Xasthur et consorts tout en gerbant à la face d’Altar Of Plagues (« parce que c’est « post » machin, m’voyez ») à retourner cueillir des bouquets de ronce pour décorer la table familiale de noël. La créativité ne portant d’après moi ni cuir ni jeans, encore moins de trous, j’affirme donc que cet ultime album des Irlandais (RIP) restera longtemps une merveilleuse démonstration de ce que mixité culturelle et métissage musical peuvent engendrer. Depuis ses débuts, Altar Of Plagues s’est créé un univers aux frontières du noir et de la lumière, s’affilie au black metal, à Blut Aus Nord, à Neurosis, mêle solfège ceinture noire et l’immaculée composition. Teethed Glory & Injury est un peu la Swanserie du groupe, son tableau Soulages (j’adore cette image prétentieuse, pardonnez-moi) ou son tatouage Yann Black (facile). J’en ressors, je n’ai rien compris ; j’y retourne, je comprends autre chose. Une danse abstraite, une chorégraphie en arpèges, teintée d’un noir et blanc industriel, d’une souplesse inouïe. J’en appelle à votre imaginaire et à ma poésie, bande d’esthètes.

 

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[Locrian – return to annihilation CD – 2013]

Avec son second album, Locrian me semble être LE groupe influencé par les Irlandais. Grand bien leur fasse, puisque Return To Annihilation marque éventuellement la première étape de leur héritage, ajoutant une magnifique dimension krautrock et psychédélique. J’aime laisser ce type de musique a priori ténébreuse m’entourer d’images kaléidoscopiques, brumeuses, apaisantes et prétentieuses. Derrière la prétention se cache potentiellement de l’ambition, non ? Ces idées arty foutent là une sacrée pagaille… promis, c’est nettement mieux que Krallice.

 

 

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[Subrosa – more constant than the gods CD – 2013]

 Subrosa, pépite de Profound Lore dont le premier album (No Help For The Mighty Ones) avait joliment embelli l’année 2011, fait des cordes vocales – femelles - ou des violons des éléments à la fois discrets et grandioses; ou grandioses parce que discrets. J’ai bien envie de vous lister mes habituels arguments (compositions riches, maîtrise bluffante de l’enchevêtrement de nappes, dimension progressive au sens littéral, donc vertueux, blablabla), mais je préfère répéter les mots « créativité », « innovation » et « Profound Lore », me concentrer sur l'impact que peut avoir un tel disque sur mon état psychique, sur mes siestes, mes pensées. D'entrée, j'insiste : l'imaginaire ne se limitera pas aux seules frontières du malaise, loin de là même. Le sublime d'après Subrosa prend surtout forme via ce chant entre doom et rock (seventies), à la fois lyrique et organique, magnifique vecteur émotionnel d'une instrumentation qui, esseulée, aurait pu suffire à envoûter. Il y a dans ce disque réellement imposant quelque chose de très réconfortant. Dans ce domaine du metal et de ses déviances, More Constant Than The Gods devient l'album le plus poétique - romantique même - de l'année, autant à cheval sur les codes, donc nos repères stylistiques, que sur les émotions. 


 

 

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[Terra Tenebrosa – the purging 2LP – 2013]

 

Les ex-Breach (uhybnvsbnuig%<ui*******jhjguyttye), néo-représentants d’une néo-scène et d’un nouveau genre, se prédestinent à une vie dépourvue d'héritiers. Dans le genre unique, ils se posent en définition de dictionnaire, on aime ou on déteste sans trouver le moindre congénère. Le rapport avec Breach existe (le fan reconnaît la base rythmique) mais s’entend tellement que ma moitié, pourtant fan du groupe suédois des nineties, ferme la porte à double-tour lorsque j’écoute The Purghing. Raison invoquée : cent fois trop flippant et déprimant. Bref, Terra Tenebrosa n’a finalement aucun rapport avec Breach mais beaucoup de liens avec les dissonances. Il est un chaos subi au ralenti, une décomposition puis recomposition anarchique, patiente et fracassante, d’un quelconque mur de lamentations. Parce qu’on ne comprend rien à cette dernière image, on se dit que ce groupe doit être sacrément bizarre pour provoquer un tel ressenti. Banco.

 

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[Year Of No Light – tocsin 2LP – 2013]

Le premier délinquant qui osera sortir son postillonnant discours sur le post-hardcore et le post-rock gagne le droit de s’exiler, de porter le bonnet damné, d'étouffer dans une nasse d'étiquettes obscènes. Outre l’aspect purement technique et sa portée fichtrement cathartique, ce son à faire rougir les potards de Sunn O))), Tocsin en appelle à tout un savoir, rallie l'aspect monolithique hérité d'Ausserwelt à une dimension plus guerrière, dans son sens le plus noble : autour du noyau massif, le dénominé doom, cavalent plusieurs dynamiques, diverses variations de ton et de rythme. Par exemple, les éléments krautrock ou progressifs sont des détails solidifiés en une masse metal, dépassant donc leur sens initial et rendant caduque la bête notion d’étiquetage. Tocsin est littéralement un magma, une compilation bouillonnante de détails donc, traduisant les multiples influences en un monolithe, j'y reviens, en tous points magnifique, définitivement metal, un objet surtout majestueux et terriblement épique – de la lumière vers les ténèbres, bien sûr. Un ami parlait de ce morceau reprenant à la lettre un riff de Bolt Thrower avant d’en transformer la dynamique. Il a raison. Tocsin est, dans le fond à l’image du dernier Aluk Todolo, une représentation tout à fait subjective des bienfaits de la diversité culturelle. 

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Published by Alexis
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commentaires

Year of no Brennus 25/12/2013 11:21


J'ai toujours pas compris pourquoi je suis pas allé voir Krypts au WT...

Meule 21/12/2013 08:51


En gros, d'accord avec toi sur tout (pas écouté le YONL) sauf Subrosa qui ne m'a vraiment pas marqué. Je vais donc m'y repencher pour vérifier s'il s'agit bien de mon désaccord annuel avec toi ou
d'un simple malentendu...


Ca fait du bien de te relire en tout cas !