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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 13:42

Rocker witch.

 

 

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[Pearl Jam – lightning bolt LP – 2013]

Voici le moins bon album du meilleur de 2013, encore moins bon que plein d’albums volontairement écartés. Il convenait cependant d’en causer parce que je serai toujours le fils de quelqu’un, donc un ado, parce que vu comme ça et autrement d’ailleurs, Lightning Bolt est peut-être ce que Pearl Jam a fait de mieux depuis dix ans, depuis Riot Act sûrement, soit certainement pas un disque génial mais un album qui, à quelques exceptions près (du genre l’immonde ukulélé du très prématurément vieux Eddie Vedder), saura rappeler à qui veut bien l’entendre ce que Pearl Jam a de mieux à proposer en termes de « The Who revisité par le rock seattlien des années 90 » - en gros. Cette année, j’ai acheté le blu-ray de The Avengers, puis j’ai acheté et maintes fois écouté ce LP. Nous avons tous le droit de péter un coup.

 

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[Orchid – mouths of madness 2LP – 2013]

Quand on revient à nos propres sources, on peut argumenter sur le génie de Black Sabbath en trois mots ou pendant quinze jours et finalement oublier que ce qu’on préfère n’est ni l’histoire des doigts pourris de Iommy et des cordes customisées, ni l’aspect novateur pour l’époque que, de toutes manières, nous n’avons pas connue, ni pour les grands écarts rythmiques et stylistiques osés, puisque passés les cinq premiers albums, on a tendance à trouver la discographie merdique. Bref, Orchid en est au troisième album, n’invente que dalle, donne au heavy rock façon Black Sab’ des airs d’hymne de stade façon Led Zep ‘. En somme, lorsqu’on cause rétro, Uncle Acid (l’auteur d’un album parfait, littéralement parfait : suffisamment rare pour ne jamais abuser de le rappeler), Horisont, The Sword ou Kadavar, on n’a pas le droit d’écarter Orchid. Grandiloquent, extatique, diablement bluesy, Orchid renvoie deux ou trois générations à leur enfance et prépare la nouvelle à comprendre ces dernières, sans ne jamais leur donner l’impression d’écouter des trucs de vieux. Diablement rock, Mouths Of Madness est, comme son prédécesseur Capricorn, essentiel.

 

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[Clutch – earth rocker LP – 2013]

D’abord, il y a un single, “Earth Rocker”, qui pète le moral tant le refrain est vulgairement FM. Puis, il y a un concert immense, bourré de classiques, dont on ressort avec un hymne en tête coincé pendant plus d’une semaine : un refrain tout neuf vulgairement FM. Enfin, il y a la sortie de Earth Rocker, l’album, dont le titre éponyme possède d’un coup un refrain putassier magnifiquement FM. Voici le disque de Clutch le plus frontal depuis Blast Tyrant, le plus binaire aussi, un disque de rock qu’on aimerait qualifier de con provenant d’un tel groupe, qu’on définit finalement comme une démonstration de groove toujours un peu bluesy, rock faussement boogie boogie à la rythmique démente (ce batteur reste un fou furieux !), mené par un chant évidemment imparable. Bref, Clutch.

 

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[Windhand – soma 2LP – 2013]

Relapse est aujourd’hui une sorte de Manchester City de la musique extrême et alternative, une écurie qui recrute à tout va celui qui déjà aura su faire ses preuves. Aussi con cela puisse-t-il paraître, il faut parfois avoir du flair. Recruter Ulcerate était un coup facile, aller chercher Disfear ne réclamait pas un immense talent d’enquêteur, mais dégoter Windhand apparaît déjà comme un challenge plus compliqué à relever. Windhand est l’histoire d’un hippie paumé avec sa guitare au fond du Grand Canyon qui rencontre treize amplis Sunn. Soma est un subtil mélange de stoner désertique et de doom-rock vaporeux, l’association d’une chanteuse à la voix brumeuse et néanmoins enlevée, éthérée, et de guitares à la fois imposantes et décontractées : c’est un groupe rock qui d’abord compose à l’acoustique puis se développe et se dévoile dans le doom, dans une nasse faite d’un simple enchevêtrement de nappes. Une recette éculée, déjà magnifiée par le passé, et une fois encore sublimée.

 

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[Watertank – sleepwalk LP – 2013]

Watertank en dit peu lorsque sont avancés des parallèles Helmet, Quicksand, Torche et Only Living Witness, sous forme d’influences directes ou de simples clins d’œil. Je maintiens : Watertank en réfère à tout cela, il en découle un album pétillant, un rock vitaminé et massif sur chant clair poppy et jouissif. Je retrouve dans Sleepwalk cette association de sons et de noms, subissant un traitement tout neuf, une touche bien personnelle provenant probablement des origines hardcore de certains musiciens. Je pense bien tenir mon idée principale : Sleepwalk provient d’une base hardcore (socle particulièrement flagrant lors des prestations live), subissant un traitement rock : hormis le chant, c’est le feeling entier, dynamique, mélodique, rythmique, qui lui procure cet aspect tubesque. Imparable !

 

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[Church of Misery – thy kingdom scum CD – 2013]

Réussir à faire passer le chant vulgairement bancal d’Hideki pour un excellent effet de style, par la force d’un son, de riffs, d’une intro, d’une basse absolument monumentaux, est un exploit que je ne comprends toujours pas trois mois plus tard. Thy Kingdom Scum, c’est d’abord l’intro de l’année. Facile, répétitive, instrumentale, bidon même, elle amorce avant toute chose un besoin frénétique de se bousiller la nuque comme jamais. Plus psychédélique que les précédents, l’album me fait pourtant revivre la magique partie de jambes en l’air qu’était The Second Coming, sans raison précise, sans justification possible, sans réels éléments communs. Il reste donc l’intention, l’osmose, l’élément fédérateur qui dresse un album sur un piédestal bien plus élevé que celui promis par la seule critique analytique. Quand on dit que parler de musique, c’est bien, mais que l’analyser brasse souvent du vent, on n’a pas que tort.

 

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[Endless Boogie – long island 2LP – 2013]

Je dénature régulièrement autant de termes musicaux que possible. Je suis cette voie et détruis maintenant toute certitude scientifique concernant le mot boogie : Long Island invite à une transe pour laquelle je me damnerai volontiers, sorte d’immense jam comme Earthless pourrait le proposer sur scène (deux titres par face, des vraies faces bien remplies), rappelle d’abord un blues-punk primaire (sur le premier titre, la voix brute et rocailleuse me renvoie à Reverend Beat-Man), puis lâche les chiens : hard-rock, blues, c’est un boogie boogie infernal, savoureusement vintage, faussement minimal, froid comme son visuel (représentation d’un troll par un illustrateur norvégien datant de 1906 - merci à Zoltar Badin et au dernier New Noise), à déguster pourtant bouillonnant, un verre de Jura - 6cl max - à la main, au coin d’un feu de cheminée bien imaginé. Rarement nom de groupe aura autant collé au son (pas depuis Placebo du moins), Endless Boogie impose d’entrée une ligne de basse puis s’y tient à outrance, fait tournoyer sa gratte autour, un chant rare et toujours bien placé, oscillant du glaireux et poussiéreux jusqu’au murmuré. Avant de passer chez mon disquaire, je ne connaissais pas. Si je m’étais contenté de multiples téléchargements simultanés, de dix-huit disques durs et des 67 reviews quotidiennes à lire sur tel ou tel webzine, je serai forcément passé à côté. D’ailleurs, je ne les lis plus. Nous sommes en 2013, la musique reste une vérité sociale et concrète. Moi, je jette des messages à la mer, j’enfonce des portes ouvertes sans prévenir, l’air de rien, au beau milieu d’un article-fleuve rédigé en une semaine et finalement scindé en cinq parties pour votre confort, destiné à 44 copains partageant déjà mon point de vue. Je m’expose en Terre promise, c’est ce qu’on appelle la révolution en toute sécurité.

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Published by Alexis
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