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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 19:28

Parce que mieux vaut tard que jamais et parce que la déontologie m'imposait d'attendre qu'une première version de cet article soit publiée sur un autre support, voici plus d'un mois après les faits un compte-rendu du Hellfest 2014. 

 

Je tiens à remercier amoureusement Christian Ravel pour m'avoir permis de profiter de ses photos. 

 

Dan Lilker - Brutal Truth - MERCI

 

 

HELLCITY

C’est le Concept nouveau (marque déposée), la grosse idée de 2014, le clou du spectacle, forcément too much ET cool : le Hellfest est désormais un gigantesque espace cloisonné, divisé en trois sous-parties (camping ; metal corner, stands et centre commercial ; et enfin l’enceinte du festival). Rond-point, bitume, écrans géants, panneaux de circulation, baraques (entre Disneyland et Hollywood, sauf que les logos sont moins pétillants), distributeurs de pognon, chiottes publics, Hellcity est une mini-ville dans la cambrousse. On ne peut pas vraiment leur reprocher cette touche de confort visuel et d’urbanisation sommaire ; au pays des tatoués poilus nous aimons aussi retrouver un semblant de 21ème siècle. L’autre révolution de 2014 concernant le confort, c’est vous, 50 000 personnes par jour provoquant forcément un certain raz-de-marée. Jamais un Hellfest n’a été aussi épuisant, jamais un spot d’ombre n’a été aussi compliqué à dégoter, jamais les groupes ouvrant à 10h30 n’auront eu autant de « monde » (faut pas pousser) un samedi ou dimanche matin. A partir d’aujourd’hui, aller au Hellfest, ce sera accepter une certaine forme de promiscuité et renier le mot « Calme ». A moins de dormir 8h, puis de glander 10h avant de tituber de sa tente jusqu’aux trois concerts « intéressants » du jour, on en chie. 

 

Les lumières de la ville

 

THE GRIND BAY AREA

A défaut de hardcore sortant du lot (seul Bl’ast représentant ce genre dans ce qu’il a de plus « alternatif »), de crust ou de sludge, il fallait se contenter d’un plateau grindcore et dérivés plutôt varié. Il y a le grind d’aujourd’hui, massif, « aéré » de parties sludgy, un peu hérité de la meilleure des scènes hardcore (Infest & cie), avec Weekend Nachos, débarquant de Paris - où ils jouaient la veille -, avant de filer à Londres - où ils jouaient le soir même ou, semblerait-il, le lendemain -, le tout évidemment en van. Faites du punk, vivez mieux et plus longtemps : aucun souci de santé, les Américains déroulent. Pour un set grindcore pur jus donné sur une scène à 2m de haut, 10m devant le premier rang, il n’y a rien à redire. Il y avait aussi le grind d’aujourd’hui et d’avant, sûrement également celui d’après, avec Blockheads. On peut les voir 15 fois en dix ans, on ne s’en lassera pas. Comme sur son dernier album (incontournable), les Nancéens (en gros) déroulent l’histoire du grindcore sous nos yeux, l’attitude et l’énergie incluses.

Il y avait le feu-grindcore, celui d’avant le grindcore, avec Carcass et Repulsion. Pour le premier, rien à redire. Show forcément moins bourrin qu’en 2010 – à l’époque concentré sur leur troisième album, Necrocticism -, fixant la période death metal du groupe. Donc, c’est un finish de samedi soir méchamment addictif. Chanter sur du death est possible ailleurs qu’aux concerts de Bolt Thrower. Pour le second, on est plus mitigé : nettement plus extrême que Carcass, Repulsion est également visiblement plus compliqué à sonoriser. Donc l’aspect jouissif du concert (parce qu’Horrified, leur unique album, fêtant cette année ses 25 ans, est à peu près au grindcore ce que Black Sabbath est au doom) est atténué par un son dégueulasse. Mais comme qui dit dégueulasse dit un peu Repulsion, on passe outre. Enfin, il y avait le grindcore deluxe, à la fois pionnier, relanceur, aventurier et authentique. Il y avait Brutal Truth (pour son quatrième concert au hellfest depuis 2007 !), ses incroyables musiciens, et cet ultime concert en France - on en est désormais certain à 99%. Adieu Dan Lilker, puisque le bassiste choisit l’année de ses cinquante printemps de se retirer de la musique, de profiter de jours paisibles après une carrière monstrueuse. Si on ne me croit pas, on croira peut-être Carcass qui lui rend hommage en fin de set. Si on veut savoir pourquoi, on se souviendra que ce mec a contribué aux aventures Anthrax, S.O.D., Nulear Assault, Brutal Truth et Venomous Concept (pour les plus connus), et pas que dans les reformations. Respect, adieu, et un grand merci.

Carcass

 

OLD-FASHIONED

En 2014, attirer plusieurs dizaines de milliers de personnes avec du rock couillu ne peut définitivement pas se faire uniquement avec des groupes de 2014. En 2034, on pourra faire des festivals sans groupes de 1984, mais d’ici-là il faudra faire avec les vieux. Je zappe volontairement Aerosmith, car je tiens nettement plus à ma diginité qu'à celle de Msieur Tyler. Je préfère éviter de dire trop de mal du concert de Deep Purple, par respect. Je vous informe néanmoins que même avec du recul, je ne sais toujours pas ce qui était le plus dégueulasse, de la set-list ou de l'interprétation. Je ne m’étends pas sur le concert simplement sympa d’Iron Maiden - j'ai vieilli, je les ai déjà vus, et dans ce Hellfest new-generation, on ne voit que dalle. En revanche, je vous annonce que Black Sabbath était simplement jouissif, même si Ozzy est vraiment trop vieux pour ces conneries. Je ne vous dresse pas l’historique du groupe, et vous imaginez sûrement très bien la tronche de la set-list. Un fantasme de gamin du rock qui se réalise est toujours une belle histoire. Ce concert fut, et de très loin, le meilleur live de tête d’affiche de l’histoire des festivals, notamment parce qu'habituellement, les groupes têtes de gondole sont minables. De là à penser que cet avis tient plus à la qualité des compos qu'à celle du concert en lui-même... 

 

Black Sabbath

 

Il y avait aussi des trucs de vieux, mais de vieux aux goûts pointus - ou qui suivent l'actu Southern Lord. Bl’ast, LE groupe hardcore (un peu thrash aussi) de cette édition que personne ne connaît (formé en 1983, tout de même), et qui a probablement influencé pas mal d’artistes que tout le monde connaît, a su se sortir de deux têtes d’ampli cramées et offrir un concert à la hauteur des espoirs, dans une ambiance polie. Eternel regret pour les amateurs de rock, le line-up actuel de Bl’ast comprend deux membres de Queens Of The Stone Age, Joey Castillo (batterie) et Nick Oliveri (basse). Tant pis pour vous, fallait venir. Plus thrash, moins hardcore, tout aussi perforant, il y avait M.O.D. (projet de Billy Milano, chanteur de S.O.D., on se perd en initiales) et Dark Angel, un peu comme Slayer mais en moins connu, parfois en mieux (je ne veux surtout pas paraître insultant), ce que je n'oserai certifier par crainte de paraître bêtement à côté de la plaque, Or, je déteste ça. Peu importe, les deux shows furent terribles - on félicite un peu plus bruyamment M.O.D.. Il y avait également Slayer (WHAT A SURPRISE!), pas aussi performant que dans le temps, mais nettement meilleur que la dernière fois ; c’est déjà ça.

 

M.O.D.

 

Moins vieux, plus calme, tout aussi culte pour des gamins des années 70/80, au passage seule référence de mes années adolescentes que je n’avais jamais pu voir sur scène, Soundgarden jouait, Chris Cornell nous faisant l’honneur de quitter son confort parisien. Si ça ne tenait qu’à moi, je lui aurai rapidement offert son billet de retour, dès la fin de « Rusty Cage ». Les musiciens sont parfaits, Cornell est une farce, le seul coupable de ce qui restera un désastre, incapable d’assurer avec justesse un refrain sur deux. Certains vous diront l’exact inverse : l’un de nous a forcément de la merde dans les oreilles. En revanche, je n’ai jamais été un grand fan de Therapy?. Pourtant, leur show du vendredi restera l’un des événements majeurs de cette édition. Quand on écoutait la radio dans les années 90, c’était vraiment cool.

 

Therapy?

 

 

LA VIE DES AUTRES

VIP, VRP, backstage. L’inaccessible sésame dont l’entrée est constamment squattée par certains festivaliers, rêvant d’une mémorable rencontre, fantasmant d’une image fugace telle que son idole passant derrière les barrières pour se rendre des chiottes jusqu’au catering. Behind the scene, on vit et on larve comme vous. On boit des verres payants, mais parfois on ne paie pas ; on fume, mais à l’ombre ; on glande, mais dans des fauteuils (cependant, nous n’avons ni transat, ni tabac, ni ostéopathes). On mate, on touche, on gueule et on se marre. Certains poussent le vice à l’extrême : ils bossent. Il y a parmi eux les accros pour lesquels l’espace privé, la Zone Verte, devient un refuge salvateur le temps d’interviews, prises de notes et autres rendez-vous pros. Il y a des bénévoles, des barmen, un service de sécurité et des flics. Comme chez vous. Parfois, on n’y fout rien, ni plus ni moins que tous ceux qui optent pour la formule Hellfest complète (debout à 8h30, début des concerts à 10h30, fin du show à 2h, on s’endort à 4h, et on ne tape aucune sieste), c’est-à-dire qu’on discute à l’ombre (les places sont aussi chères que de l’autre côté de la barrière, côté Plèbe). En zone verte, on peut voir une super jet-set, sauf que celle du Hellfest est prolétaire, roule en 306 et boit de la bière de merde. On peut voir des spectacles comiques, des concerts sur un petit écran, du foot sur un petit écran et des shows sexys (un grand succès), les deux derniers offrant même une ambiance plus chaude que pour un show de Hark à 10h30 (ça, c’était samedi matin). La zone verte, c’est la classe, personne ne sait qui est qui mais tout le monde se connaît. Gossip. On se fait de grands sourires, mais on se regarde un peu de haut quand même : chez nous aussi, le look et les tatoos comptent, les hardos ne trinquent pas trop avec les punks. Street cred. Blague à part, si en zone verte on se fout à poils en gueulant des saloperies, on peut se faire virer du festival (puis resquiller et y rester) même si on est artiste (véridique) : notez donc que de ce point de vue, vous êtes à votre avantage du côté grand public et camping. Veinards. Courir le sexe au vent, hurler des propos déplacés et faire sentir ses odeurs intimes au premier quidam voisin restent un luxe réservé aux prolétaires du fest. Savourez-donc.

Chez nous, les boissons coûtent le même prix que chez vous, y compris la flotte. Nos chiottes sont juste plus classes et moins prisés. Bref, on trouve tous une utilité à la zone des privilégiés, lui donnant simplement un sens plus ou moins basique et sédentaire en fonction du degré d’intérêt que nous portons à ce qui se passe ailleurs (ce qu'on appelle aussi les concerts). Vous ne loupez rien, vous n’y croiserez ni Ozzy ni Bruce Dickinson, au mieux vous serrerez la pince aux Electric Wizard (taper une bise à la belle blonde étant déjà plus risqué) ou parlerez français avec des groupes français. Maintenant, vous savez que vous aviez raison de vous en moquer et je sais plus que jamais pourquoi cette zone me fout la gerbe autant qu'elle sauve mon week-end. Un bien étrange compromis pour celui qui aime péter dans la soie...

 

Hark

 

 

HELL

C’est mignon, les grabataires, les playbacks, les poils blancs et les disques qui prennent la poussière, mais il faut savoir vivre avec son temps : il y avait cette année des groupes d’actualité, des groupes de metal, des groupes en colère et des groupes qui font vibrer. Il y avait même des groupes qui ne vivent pas de leur art. Dingue. Patchwork, histoire de prouver que je n’ai pas fait que me la couler douce en green zone.

 

 

Conan

 

 

Puissant mais répétitif sur disque, Conan devient immense sur scène, notamment parce qu'en 35 minutes la répétition n'atteint pas encore son stade critique, soumise à la loi d'un mur du son. Bref, un de plus (comprendre : encore un gamin plus ou moins bâtard d’Electric Wizard qu’on préfère à Electric Wizard). Devenu mélodique sur un dernier album franchement décevant, Watain reste en live, du moins en fest, un monstre. It’s black and black, et très différent de Tsjuder, qui lui, devient un power-trio presque thrash, façon Dekapitator, jouant du black. C’est imparable, une machine de guerre, une leçon de genre. On en veut tous les ans des comme eux. Encore plus noir et aussi scotchant, on a pu admirer la foule présente pour le show dévastateur de Temple Of Baal, peut-être le groupe de black le plus mésestimé de France (c’est l’été, fest et fête, osons les généralités, osons les risques). C’est donc tout l’inverse de Behemoth qui, lui, est un peu le Soilwork du black metal (quoique Soilwork a paraît-il un peu de mérite) voire pire, maquillage et flammes en plus, efficace mais un peu ridicule. Cela dit, ils avaient un sacré son, c’est déjà une belle perf’. Enfin, dans le genre gros son avec grosse performance scénique pour une musique plus propre que propre d’un groupe culte, comme en 2007 il n’y a pas mieux qu’Emperor. On hésite pendant des semaines entre leur show (consacré à In The Nightside Eclipse) et le retour de Spirit Caravan, c’est complètement vain, on choisit l'Europe du Nord. On se souvient de ses années lycée (des miennes, c'est au moins certain), un bête sourire figé. Enorme !

 

Emperor

 

 

Je vous annonce que Kronos a fait son job, mais qu'il ne m'a jamais intéressé. Soit c'était mieux avant, soit j'étais mieux disposé avant. Toxic Holocaust est le monstre thrash que nous connaissons tous. Donc il est nettement plus impressionnant en plein juillet dans une salle qu'au soleil en plein air. Royal Thunder possède une chanteuse, Miny Parsonz. Elle tient ses zicos par les burnes, transformant au passage un disque a priori quelconque (je parle de CVI, pas d'un excellent premier EP qui serait resté excellent même avec Brigitte Fontaine au chant) en un chouette album mélo-stoner FM. Sur scène, victoire du FM, au premier tour. Royal Thunder paraît paresseux et Miny n'est plus si magique. Pire, il y a déjà trop de monde. C'est vendredi, je sais déjà que j'ai au moins autant changé que le festival a évolué. Décalage... Hark, c'est presque comme Taint. Donc en concert... BAM ! Comeback Kid aurait pu être dément, mais je n'ai pas eu le courage d'attendre les tubes de fin de set. Donc ils ont assuré, mais je me suis emmerdé. Monster Magnet était un peu à cette édition ce que Pentagram fut à celle de 2012 : le groupe dont je me fous royalement mais que je veux voir absolument, parce que la sono est généralement dingue sur cette scène. Donc finalement, le concert fut jouissif. Watertank fait des blagues vraiment nulles, surtout à l'heure du premier café. Mais comme j'aime le son, j'oublie vite. Je n'avais absolument rien à cirer d'Obliteration. "Too much metal kills more metal", sera mon premier tshirt de groupe le jour où j'aurai un groupe de funk-crust. Dozer, ô joie !, est en 2014 la MÊME merveille scénique qu'il était en 2005 (première partie de Mastodon, pour un groupe qui restera dans le top 5 des découvertes de première partie). Bon, en 2005, ils ne défendaient qu'un album, Call It Conpiracyalors qu'aujourd'hui il y en a 4 de plus : la set-list est fichue. Mais rappel : je suis en festival, crevé, j'en ai ras-le-bol du monde, des rots, des cris, des gonzesses le cul à l'air et des chevelus la bite à la main. Donc face à Dozer au milieu de gens dits normaux, je me sens juste heureux. L'apparence... Pëut-être que l'eau-de-vie de nos amis bordelais (ma meilleure idée de bonne compagnie du week-end) a aussi, un peu, mué mon intolérance et mon impatience croissantes en un manifique puits d'amour. Rappel capital : Dozer finit obligatoirement par les tubes du premier album. CQFD.

Enfin, je n'ai vu que le final de Crowbar parce qu'Ulcerate jouait en même temps. C'était très con étant donné que j'ai déjà vu les deux, qu'Ulcerate était ici amputé d'un membre et d'un son correct, et que je les reverrai en salle, donc de manière optimale ; con parce que Crowbar est toujours aussi imparable en festival qu'il est insupportable en salle. C'était surtout parfaitement stupide tant le seul morceau vu fut génial. 

 

Crowbar

 

J’écrirai volontiers que la reformation (avant le re-split) de Unida était magique, devant un public clairsemé (jouer en même temps que Black Sabbath quand ses fans sont également fans de Black Sabbath, ça la fout forcément mal), mais elle était juste quelconque et répétitive, ne reposant que sur les épaules du chanteur John Garcia, épaules méchamment voûtées pour des cordes vocales déjà usées. Il paraît qu’à la fin, tout s’est décanté, mais je m'éais déjà barré. C’était un tout petit adieu, avant même que je puisse leur dire bonjour. Enfin, parce que la finesse fait aussi du bien aux amateurs de grind, Subrosa (batterie, guitare, basse et violons, avec trois filles, oui) a délivré un concert magnifique, parfaitement à l’image des deux albums sortis chez Profound Lore. Plus précisément, c'était inaudible devant (en 2014, la Valley ne sonne pas comme dans le temps ; tout se perd...),mais parfait devant l'ingé-son. Subrosa est mélancolique, parfaitement ambiancé, propre, metal mais atmosphérique, beau mais incisif, bref tout ce que n'est pas Opeth.

 

Subrosa

 

Quant au garage de Satan’s Satyrs, au death technique pourtant magnifique de Ulcerate (déjà pas aidé par l’absence d’un des deux guitaristes) et au death culte d’Incantation, ils définissent très bien le problème majeur de cette édition : des problèmes de son récurrents, généralement concentrés sur la batterie (y compris sous la Valley, j'insiste), au point de pourrir certains concerts. L’éternel prix à payer en festival…

 

BONUS TRACK: « COBRA »

Enfin le Hellfest affichait des positions socio-économico-politiques claires. On va voir Cobra comme on suit un meeting. Propagande, incitation à la haine, violences, hétérophobie, exhibitionnisme, torture animale et distribution d’huile de palme. Royalisme et capitalisme à l’état pur, décalage des idées mais maîtrise du discours, complètement cintré, parfaitement récité, ce Cobra metal-punk-hardcore est aussi bien plus malin que la moyenne. Cobra gravit les marches du pouvoir, s'étandra bientôt jusqu’aux Eurocks, à Wacken, à La Mecque des Chouans. Ça c’était Cobra.

 

 

POST-SCRIPTUM

Non, Gorguts et Godflesh n’ont pas annulé. Mieux, les Canadiens furent, et de loin, les champions de la sono pour la double-tente Altar/Temple. Un son monstrueux pour un groupe cultissime, enfin quelque chose de logique. Certes, il est bien difficile de s’imprégner d’une musique aussi exigeante sur scène (déjà que sur disque, il faut de la concentration), mais ne pas admettre l’évidence de la qualité de ce show relève de la pire des mauvaises fois. Une transe technico-bourrine n’est jamais un événement banal.

Par contre, on n’est pas passé loin de l’annulation pour le duo anglais, arrivé sur place bien après l’heure prévue pour leur concert. Les champions de la lose (on rappelle que Godflesh a eu des pépins de son en 2010, est arrivé dans sa salle parisienne 30 minutes avant de jouer en 2012, ou encore que son leader JK Broadrick avait interrompu son concert à la Loco avec Jesu, convaincu que sa guitare sonnait mal) sont aussi les maîtres du pardon, pour peu qu’on sache ne pas être trop rancunier. Reprogrammé en fin de journée après Electric Wizard (qu’on ne remerciera pas d’avoir allongé leur set de 15 minutes – déjà qu’il n’était pas terrible… -, et donc réduit d’autant celui de Godflesh), le duo offre un set apocalyptique. Non seulement la transe industrielle fonctionne, les coups de gratte agressent et les cris de Broadrick file le bourdon, comme sur Streetcleaner donc, mais en prime le son de basse de Green est encore plus dément qu’à l’accoutumée : cette fois s’ajoute un effet magmatique, des vibrations aussi troublantes que celle d’un  concert de Sunn O))). En gros, ce Godflesh-là travaille au corps, assomme littéralement, retourne l’estomac, fait reculer les plus indécis. Bref, ce fut le Godflesh sous son identité la plus vilaine, donc probablement la plus jouissive. Beaucoup clament que Godflesh n'a rien à dire en 2014. Conneries. 

 

CONCLUSION

C’était bien, sans plus de paillettes. C'était bien pour les jeunes, bien pour les mettalico-touristes, bien pour les paresseux, bien pour les soiffards, les patients, les détendus, les néophytes, bien pour les femmes qui bronzent et les hommes qui cuvent, bien pour les lève-tards, les couche-tôt et les amateurs de siestes, bien pour les voyageurs d'un genre, d'un jour ou d'un nom, bien pour ceux qui campent devant une scène, pour ceux qui se moquent de 95% des groupes, bref c'était visiblement bien pour les autres. 

C'était épuisant, lassant, donc harassant. C'était trop cher, trop rempli, trop pauvre en bonnes distros. Calcul fait, pour le même taro, même en payant mon billet, je claquerai moins de pognon au Roadburn, et en prime, je verrai peut-être Noothgrush. A suivre, ou pas. 

 

 

  Shining

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Published by Alexis
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commentaires

artisan serrurier 25/11/2014 05:32

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.

Cordialement

trafic 13/11/2014 06:26

Merci très beaucoup pour ce post. Continuez.